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mercredi 25 mai 2011

Magnolia for ever


Le post est antidaté exprès, c’est pour une meilleure compréhension, et par souci de réalisme en fait c’est juste pour que tout le monde se rappelle bien que mon anniversaire tombe le 25 mai et puis c’est tout. 

Le printemps est là ! A mi-chemin entre Brel et Fugain, vous savez bien, le miracle, le dernier qui s’offre encore à nous sans avoir à l’appeler, la première chance de l’année, le joli lilas, les rires en éclat, tout ça…

Oui bon je sais, ça fait au moins trois mois qu’il est déjà passé par la France. Raison de plus pour le savourer.

Les magnolias c’est plutôt Claude François, je sais aussi, mais Claude François c’est plus fort que moi, je ne peux pas le supporter, tandis que les magnolias, j’adore.

À dire vrai, je ne suis pas très douée en végétaux, la plus increvable des mauvaises herbes a toutes les chances de décéder des suites de négligence. Je dirais même qu’en dépit de quatorze ans de scoutisme, l’observation de la nature, ce n’est pas du tout mon truc, comment dire, je manque un peu de temps, voyez ? Heureusement pour mes patients je soigne mieux les gens. Tout ça pour dire que les arbres en fleur, chaque année ça m’émerveille.

Attention, j’ai dit les arbres, pas les jardinières de primevères ou de géraniums ; je crois que j’aime encore moins les géraniums que Claude François. Les tulipes ça passe à la rigueur. Mais c’est vraiment les arbres que je préfère, avec un gros faible pour les lilas… et les magnolias. Au point de piler quand j’en vois un.

C'est un peu touffu mais vous allez comprendre.

Par une très belle longue fin de semaine, le lundi étant férié pour cause de Journée des Patriotes au Québec et Journée de la Reine ailleurs, il est important de bien saisir la nuance, Sherpapa, notre progéniture et moi-même avions décidé de joindre l’utile à l’agréable : socialiser un peu beaucoup passionnément et commencer la recherche de notre futur foyer à Trois-Rivières.

Le vendredi soir, nous avons inauguré en bonne compagnie la belle terrasse sur le Lac et les premiers maringouins de l’année. J’avais oublié de dire que le troupeau avait transhumé le premier mai vers Saint-Henri de Taillon pour deux mois, dans un petit chalet juste au bord du lac Saint-Jean. Comme quoi la légende urbaine québécoise qui veut que les médecins étrangers finissent comme taxi n'est pas dénuée de fondement...Sherpapa s'est reconverti en chauffeur de maître entre la maison, l'école et l'hôpital.

Bref le vendredi nous fêtâmes nos respectifs vingt-deux et vingt-trois printemps (l’anniversaire de Sherpapa tombe en effet le 14 mai). Comment ça, vu notre haut niveau d’études et l’empressement tout relatif à les achever ça n’est pas crédible ? On m’appelle encore mademoiselle, même avec une tripotée de gamins braillards accrochés à mes jupes, si ça ce n’est pas une preuve ! Bon d’accord au Québec où seulement 54,5% des couples sont mariés contre 68,6% pour l’ensemble du Canada (source recensement 2006) ça ne vaut pas tripette, mais on se console comme on peut.

Posons le problème différemment : le vendredi, nous avons soufflé 124 bougies à quatre ; les deux autres étant Marie-Ève, une résidente de médecine de famille effectuant sa résidence à Alma et son chum. Sachant que Marie-Ève et Jean-François ont cinq ans d’écart, Sherpapa et moi-même seulement trois et que Marie-Ève coiffera Sainte-Catherine l’automne prochain, qui saura me dire… l’âge du capitaine ?

124 bougies sur seulement deux gâteaux, c’est le fun à allumer et à éteindre… Il faut juste pouvoir digérer le glaçage à la paraffine…

Le samedi, nous avons quitté le Lac en direction de Neuville, au sud de Québec, prévoyant de passer la soirée et la nuit chez notre bonne fée de Saint-Tite, histoire de signer quelques derniers papiers, débriefer les stages, rêver à leur prochain voyage en Europe du Sud _Ai, que lindeza tamanha, meu chão, meu monte, meu vale, de folhas, flores, frutas de oùro, vê se vês terras de Espanha, areias de Portugal, olhar ceguinho de choro_ goûter chère préparée et vins choisis avec amour.

Que la honte soit sur nous et notre descendance jusqu'à au moins la quatorzième génération ; alors que Bonne Fée et son Prince Charmant sont des hôtes parfaits, nous avons failli les remercier de leur accueil délicieux en s'enfuyant au petit jour avec le matelas queen-size de la chambre d'amis sur la galerie de la voiture. À notre décharge, cinq mois à dormir à trois _je suis contre le cododotage, contre, tout contre, c'est juste que mon fils ne l'a pas encore compris dans un tout petit lit double de 54 pouces de large alors que je dors en étoile de mer et que Sherpapa a arrêté de fumer et vécu une grossesse nerveuse coup sur coup_ ont eu raison de nos dos et de nos complexes.

Le dimanche à l’aube 7h30 9h15 10h11 z’avez vu on progresse, nous arrivions à Trois-Rivières, carte de la municipalité, liste d’annonces repérées sur le net et téléphone portable en main, prêts à dénicher notre future cabane au Canada. À 12h13, toutes les annonces éliminées, ne restait plus qu’à sillonner la ville, quartier par quartier, à la recherche de pancartes rouges à louer.

Seulement voilà, comme un peu partout dans le monde, les jolis quartiers à belles grandes maisons regorgeaient d’annonces à vendre et non à louer, tandis que les locations de minuscules 3 ½ et 4 ½ et pas plus grand (comprendre deux ou trois pièces en parisien) pullulaient dans les immeubles délabrés.

Les jolis quartiers étaient vraiment très jolis, et les belles grandes maisons vraiment belles et grandes, aussi Sherpapa avait nettement tendance à se perdre par-là. Un peu rabat-joie, je me suis permis de glisser qu’il nous fallait d’abord mettre en vente dans une non moins agréable banlieue arborée et au patrimoine historique reconnu un appartement de 80m2 très lumineux deux chambres dont une avec vue sur la Tour Eiffel grande cuisine salon garage sous-sol dans copropriété sympathique avec un beau jardin commun. Pas cher. Enfin au prix du marché immobilier actuel quoi. Parce que j’ai une grande et belle maison à m’acheter moi. Faites passer merci.

Donc à 19h, nous nous en retournions vers le centre-ville pour prendre un repos bien mérité et reprendre nos recherches le lendemain, en longeant la rivière Saint-Maurice, encore un très joli quartier plein de maisons à vendre, histoire de se faire du mal… lorsque je l’ai vu, un magnolia en fleur. Mon premier magnolia québécois !

Là j’avoue, j’ai glapi un peu. D’habitude je freine brusquement puis je bée, mais ce jour-là je n’étais pas au volant. D’effroi _mon glapissement fait toujours ça quand on ne s’y attend pas_ Sherpapa a pilé. Et devinez quoi, la maison en face du magnolia était à louer. Mieux encore, le propriétaire était absent mais au bout de son téléphone. Paroxysme de l’à-propos, un voisin s’est fait un plaisir de nous faire visiter. La distribution, le volume et la luminosité des pièces nous ont charmé, le jardin et l’appontement sur la Saint-Maurice nous ont fait craquer, la salle familiale-chambre d’ami nous a emballé, la chambre de maître avec l’espace  suffisant pour mettre un lit king-size a emporté la décision.

Nous avons signé le bail le lendemain 10h. Pas de caution, pas de fiche de salaire, pas de justificatifs ici pour louer un logement, ou alors c’est juste parce qu’on est beaux et qu’on a dit qu’on était docteurs.

Un petit coucou au passage à notre futur collègue et sa blonde à Shawinigan et c’était déjà l’heure de rentrer. C’est ça le problème avec le lac Saint-Jean : c’est beau mais c’est loin avec toujours en filigrane l'obligation de la laborieuse traversée du parc des Laurentides, numéro 511 précomposé, en cas d’intrusion de grosse bestiole…

Comme les petits bonheurs n’arrivent jamais seuls, j’ai vu ce soir-là mon premier orignal québécois, derrière une barrière de sécurité heureusement. Et vous savez quoi, à le voir marcher, grand, nonchalant, majestueux tel mon Sherpapa je l’ai trouvé presqu’aussi beau qu’un magnolia en fleur.

mercredi 18 mai 2011

Rapport de stage (1)


Dans mon pire cauchemar, je rêve que je dois repasser mon bac.

Ils, obscures entités, monstrueux amalgames de contrôleur URSSAF, de prof d’allemand et d’examinateur au permis de conduire, viennent de constater après des vérifications kafkaïennes qu’il me manque environ un quart de dixième de point quelque part, et que pour garder le bénéfice de mon diplôme et de mes longues études universitaires, je dois refaire une année de terminale.

Je n’ai jamais prétendu que c’était un cauchemar réaliste ; dans le genre absurde il se pose là.

Parce qu’enfin nul ne peut ignorer que j’ai brillamment réussi mon bachot du moins je crois c’est tellement loin de toute façon c’est ce que je soutiendrai même sous la torture jusqu’à ce que tous mes enfants aient terminé leur scolarité et même après.

Bref, je me retrouve dans les salles de classe en préfabriqué d’un lycée de banlieue… avec une bande de boutonneux  décérébrés joyeux adolescents qui n’ont que la moitié de mon âge, à suivre des cours sur les fonctions trigonométriques, la diffraction de la lumière par une fente et la phylogénie des vertébrés… Et je ne parviens jamais au jour des résultats !

Ce qui est curieux, c’est que je ne rêve jamais que je dois réécrire ma thèse ou repasser le concours de première année de médecine. On est en droit de se demander ce que l’ami Sigmund en penserait. Rêverai-je un jour de mon stage à l’Unité de Médecine Familiale d’Alma ?

L'évaluation du candidat au permis d'exercice québécois en médecine de famille se fait sur trois critères ; le suivi de patients, l'urgence et l'hospitalisation, tout simplement parce que la plupart des omnipraticiens sont ubiquitaires et suivent leurs patients de la ville à l'hôpital et inversement.

Le suivi de patients c’est tout bêtement la consultation classique en cabinet. On m’a fait confiance, on m’a épargné la supervision directe. Pour les néophytes c’est l’observation du déroulement de la consultation à travers un miroir sans tain par un médecin superviseur. Je vous laisse imaginer l'ambiance.

Dans un premier temps, je me suis trouvée plutôt gâtée : au lieu du quart d’heure stakhanoviste du généraliste français moyen, j’avais droit à trente minutes par patient. Trente minutes pour retracer les antécédents, traitements et facteurs de risque, l’histoire de la maladie actuelle, examiner, en tirer des impressions diagnostiques et tous les diagnostics différentiels même les plus improbables (comme Gregory House et sa bande d’internes torturés, oui, oui), proposer une conduite à tenir comprenant l’élimination de ces diagnostics, écrire deux pages de notes, en référer au superviseur et conclure la consultation… Finalement trente minutes c’est plutôt court.

Diriez-vous que le Français est meilleur que le Québécois parce qu’il est capable de voir plus de patients à l’heure ? Diriez vous que le Québécois fait une consultation de meilleure qualité que le Français parce qu’il prend plus de temps ?

On pourrait nuancer par le fait qu’il existe des médecins québécois qui remplissent leur agenda tous les quarts d’heure, ainsi que des médecins français qui prennent le temps de remplir correctement un dossier, pas seulement par crainte des poursuites mais dans le souci d'une meilleure prise en charge.

Moi j’ai déjà choisi mon camp.

Mon camp n’a pas d’accent ni de drapeau.

Mon camp n’est pas celui de la médecine dévouée ou encore sacerdotale, n’en déplaise aux hypocrites qui usent et abusent de leurs RTT et de leurs congés enfant malade et qui voudraient que la médecine soit le seul secteur public à fonctionner 365 jours par an, 7 jours sur 7, 24h sur 24… ce qui est déjà le cas. Mon camp n’est pas celui de la médecine loisir ou intérêt secondaire du moins tant que Sherpapa n’aura pas gagné à l’Euromillion.

Mon camp n’est pas celui du rendement en terme d’offre de soins, non plus qu’en terme de recette et de bénéfice non commercial. Mon camp n’est pas non plus celui du désintéressement et du bénévolat. J’avoue sans rougir qu’en période de pré-burn-out, je tiens le coup en convertissant le montant de la consultation en unité-chaussure, je recommande d’ailleurs, c’est très efficace.

Mon camp est celui de la gratification intellectuelle purement égoïste. J’aime le travail bien fait. Ça tombe plutôt bien, je crois que mes patients aussi. J’aime aussi la facilité. Il me semble bien qu’il sera plus facile de rester dans mon camp de ce côté-ci de l’Atlantique. Excès d’enthousiasme peut-être ?

jeudi 5 mai 2011

Billet doux



Docteur,

Nous avons le plaisir de vous informer que le Comité d’admission à l’exercice du Collège des médecins du Québec, lors de sa réunion du 28 avril 2011, a résolu de vous délivrer un permis selon l’article 35 de la Loi médicale en vertu de l’Arrangement de reconnaissance mutuelle (Entente Québec-France) qui vous donne le droit de poser des actes professionnels relatifs à la pratique de la médecine de famille exclusivement en établissement. 

Et de un !

Que dire de plus ?

Ah si… Mon doudou c’est le plus fort.

Champagne!!!

samedi 23 avril 2011

Desperate househusband

CSSS Lac-Saint-Jean Est

Avec tous ces états d’âmes, j’ai oublié de vous dire l’essentiel : je ne suis plus une mère au foyer désespérée, et ce depuis le 11 avril.

Adieu couches, bavoirs et purées carotte-brocoli, c’est le grand retour de la Mère indigne au travail. Parce que oui, j’avoue, sans rougir du front, des joues ni même d’insignifiants lobes d’oreille, j’ai pris gaiement le chemin du Centre de Santé et de Services Sociaux du Lac-Saint-Jean Est, abandonnant un bébé non sevré à ce pauvre Sherpapa.

À ma décharge, ce n’est vraiment pas ma faute, j’ai eu beau essayer d’introduire le biberon, la tasse, la cuiller, le lait maternel tiré, trois marques différentes de lait, deux sortes de tétines… L’Héritier est définitivement un Breton à la caboche en béton armé, du genre à se laisser périr d’inanition plutôt que renoncer à sa tétée. Heureusement, les légumes passent bien, me voilà rassurée.

J’en étais donc à… je retourne travailler ou plutôt je commence mon stage d’adaptation évaluative, expression collègedesmédecinsduquébequement correcte pour stage de vérification de non-dangerosité d’un maudit français qui ne connaît pas l’acetaminophen mais seulement le paracétamol. Pour les non-initiés, on parle strictement de la même molécule, le para-acetylaminophenol. On ne sait pas bien pourquoi les États-Unis, le Canada, le Japon, la Corée du Sud, Hong-Kong et l’Iran ont choisi comme nom générique la fin de la dénomination tandis que le reste du monde a préféré le début, ni pourquoi les uns s’imaginent avoir plus raison que les autres m’enfin je dis ça je dis rien.

Cessons-là toute considération oiseuse, évaluation, adaptation, à vrai dire je m’en moque un peu, je suis là pour exercer la médecine et intégrer les subtilités de la pratique québécoise. N’oublions pas l’objectif ultime, un chapeau de cow-boy et les bottes idoines pour chacun des membres du troupeau, à la date du 9 septembre 2011.

Bref, depuis deux semaines je jubile. J’exulte. Pour un peu mon âme exalterait le Seigneur. Avant de faire fuir les hérétiques agnostiques confirmés, les athées convaincus et les autres, je tiens à placer ici un avertissement : toute référence biblico-catholico-mystique est non-fortuite et purement volontaire mais ne m’engage en rien en ce qui concerne mes convictions religieuses. C’est ce qu’on appelle emphase, hyperbole ou encore ironie. Une figure de style quoi.

J’aurai l’occasion de m’étendre plus à loisir sur les qualités de mes collègues et du milieu de pratique, laissez-moi juste le temps de savourer mes douze patients maximum par jour. J’ai bien dit douze. Parce que figurez-vous, anciens internes des hôpitaux de France et de Navarre, que au Québec, les résidents de médecine générale et les médecins étrangers ne sont pas là pour faire tourner le service, ou les urgences, ou l’hôpital, ou le cabinet du maître de stage. Dingue, hein ? Je suis juste… jalouse.

Et Sherpapa me direz-vous ? Son stage ?

Avant de fêter dignement sa réussite, nous attendons le petit papier officiel du Comité d’admission à l’exercice du Collège des médecins. Vous comprendrez bien qu’avec toutes ces démarches administratives nous sommes devenus prudents, qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, tout ça tout ça, mais promis, nous vous tiendrons informés.

Quant à sa survie au sein de l’enfer domestique  du foyer… Je lui transmettrai vos messages de soutien enfin... une fois qu'il aura fini le ménage, la lessive, le repassage, la cuisine, les bains des enfants, les carreaux et les commissions!

mercredi 20 avril 2011

Droit de réponse sous X

Ne pas tout confondre.

Les au revoirs n’ont pas un goût d’amertume et d’échec, contrairement aux adieux. Crois-en mon expérience de championne olympique toute catégorie de relation à distance.

Je regrette quelques adieux, mais je n’ai jamais regretté un seul au revoir.

Un au revoir ça a un goût d’érable et de vivement décembre (et joie à l’idée d’avoir moi aussi un besoin réel _ et non une envie purement consumériste _ de bottes fourrées aux poils de Chewbacca), parfois un goût de Pleine Lune, parfois un goût de sel et de margarita et de vivement l’été, parfois un goût de plat improbable à base de légumes bio et à l’occasion de bœuf au pipi. Bref un goût d’anticipation.

Petite parenthèse.
Bon parfois un au revoir c’est un peu plus amer…

Mais même là, tout dépend de quel côté de l’écran on se place (et là j’anticipe sur 2012 ?).
Fermons la parenthèse.

En attendant de se revoir donc, rendons grâce à Ahti Heinla, Priit Kasesale, Jaan Tallinn, Niklas Zennström et Janus Friis !!!

Au cas où d’affreux doutes t’assailliraient à nouveau, je te l’écris une fois pour toutes (libre à toi de l’imprimer pour le coller sur le côté intérieur d’une porte de placard de salle de bains) ; tu es au Québec pour :
-   Trouver un environnement professionnel plus épanouissant. Parce que bon, l’installation forcée à Montluçon ou à Villemomble… Ou l’installation à Villeneuve-la-Garenne avec participation à l’enseignement de Médecine Générale à la faculté de Bichat, en suivant rigoureusement les préceptes établis par le « corps professoral du DMG »… Bref.
-   Pouvoir acheter une maison où ranger 5 machines à coudre sans devoir t’exiler à Montluçon.
-   Et donc pour t’épanouir personnellement sur un tas de plans.
-   Ah et aussi fournir un pied-à-terre accueillant ouvert 365 jours par an à tes amis désireux de profiter du plus grand festival western du monde (voire de l’univers).
-   Et enfin parce que le Québec c’est bien, mais ça j’y reviendrai plus tard.

Personnellement, je pense qu’un spa avec piscine et sauna ne serait pas du luxe.

Souchon a besoin d’une sismothérapie. Ou au moins d’un antidépresseur, d’un tas de benzos et peut-être d’un peu d’herbe.

On avance on avance on avance
En laissant un tas de trucs derrière nous on avance
Mais il y a plein de choses à découvrir devant quand on y pense.
Alors, avance (Câlice de char !)

Forte de mon expérience québécoise de 10 jours, voici les multiples raisons qui font du Québec un pays tout à fait acceptable, voire charmant.

Le Québec c’est plein d’eau et de forêts. On peut donc y avoir une jolie maison rouge avec vue sur la forêt d’un côté et vue sur son propre hydravion qui tangue mollement sur les rives de son propre lac de l’autre. L’hiver, lorsque le lac gèle, on peut remplacer l’hydravion par une moto-neige. Et on peut probablement rendre visite à ses voisins en patins.

Au Québec il y a vraiment 4 saisons. Il se trouve juste que cette année il y a 2 hivers d’affilée, mais le chauffeur de taxi m’a promis que l’été et l’automne existaient aussi. Contrairement à Paris où c’est plutôt gris/gris/2 cm de neige traités en tempête du siècle/printemps pendant une semaine youpi !/gris/canicule.

Au Québec tout le monde est au moins bilingue (mais parfois incognito).

Au Québec les gens sont vraiment sympas, ouverts, accueillants et gentils. Dans la rue, les restaurants, les allées de l’IGA, au poste-frontière de l’aéroport de Montréal*, les taxis (je remercie vivement le taxi quinquagénaire québécois d’avoir partagé avec moi sa dernière rupture sentimentale !), les salles communales où l’on pratique le step et à la Poste**.

C’est peut-être tout cet air frais, la douceur du sirop d’érable ou la tendresse des beef-steaks… mais c’est un constat général.

D’ailleurs, bien que déjà charmants et accueillants à Montmorency, mes hôtes anciennement franciliens, québécois en devenir, ont été formidables.
L’Héritier n’a jamais vomi sur mes vêtements.
Bébé Hulke a accepté de partager sa nourriture avec moi.
Fille Aînée trouvait amusant de faire mon lit.
Sherpapa m’a accompagné acheter des baskets pour faire du step, et avec le sourire.
Et c’est avec le même sourire bienveillant que Shermama (?) m’a accompagné acheter une attelle le lendemain.

Au Québec on mange bien. Y compris du fromage.

Au Québec, on peut acheter des Manolo et des Stuart Weitzman.
Et des Lucky Charms.

Bref, si l’on fait abstraction de l’absence d’architecture gothique, de saucisson à l’ail, de petits cornichons, de yaourts nature et d’une médicalisation du pré-hospitalier, le Québec est complètement recommandable.

En conclusion***

Excipit
Ce post restera anonyme _ en effet je n’aimerais pas me faire refouler pour transport illégal de 250g de beurre demi-sel en avril, lors de mon prochain passage à l’aéroport Jean Lesage ! Le foie gras ça passe du moment qu’il est en conserve et avec une date de péremption éloignée.

*De retour à Paris-Charles de Gaulle, le gentil policier après examen attentif de mon passeport m’a demandé où je comptais aller et pourquoi. Je précise que j’ai un passeport français et une adresse francilienne.
**J’ai vécu une expérience incroyable à la Poste principale de la vieille ville de Québec où il n’y avait PAS DE QUEUE et le postier avait le sourire !
***référence acquise à cause de ma prof de musique de 4ème. Je lui tiens quelques autres griefs.

mardi 19 avril 2011

Tailler ma route


La semaine dernière j’ai hébergé un délinquant en fuite.

Pas le genre tueur en série en cavale, plutôt le genre jeune fille éduquée par les religieuses qui n’hésite pas à passer du foie gras en fraude au nez et à la barbe de douaniers canadiens. Et du beurre au sel de Guérande pour Sherpapa. Et du thé Mariage Frères et une tonne de macarons Ladurée rien que pour moi. Soyons francs, la gastronomie québécoise n’est pas si pire et on peut très bien survivre sans apport massif de graisses animales franco-françaises, il n’empêche que j’ai apprécié la délicate attention à sa juste valeur… et à hauteur du risque encouru par la contrebandière.

La semaine dernière j’ai hébergé une amie en visite.

Pas le genre qui s’incruste dans votre chalet à Val d’Isère ou votre paillote à Moorea, vide le ballon d’eau chaude et les bonnes bouteilles, plutôt le genre à vous concocter des bons petits plats sans laisser traîner de chaussettes sales dans le salon et à braver le printemps froidureux-pluvieux-boueux-neigeuxfondu d’Alma, car même si on est ardent adepte de la méthode Coué l’hiver québécois j’adore trop surtout au Lac-Saint-Jean, il faut bien avouer que le mois d’avril est… pourri.

La semaine dernière j’ai dit au revoir à mon amie.

Pas le genre faut-il nous quitter sans espoir ce n’est qu’un au revoir mes frères, plutôt le genre je reviens en décembre prochain pour goûter avec vous le vrai hiver canadien. N’empêche, j’ai toujours trouvé moche de dire au revoir, ça a un goût d’amertume et d’échec. J’ai beaucoup dit au revoir ces derniers temps, sûrement trop vite, sûrement trop mal… c’était peut-être l’au revoir de trop.

Alors hier, l’espace de quelques secondes, je me suis demandé ce que je faisais ici au Québec.

Pas le genre remords majeurs ou regrets massifs, plutôt le genre épiphanie labile et transitoire, révélation à retardement de ce qu’on a laissé derrière nous

Tous ces petits moments magiques de notre existence
Qu’on met dans des sacs plastiques et puis qu’on balance
Tout ce gaspi de nos cœurs qui battent
Tous ces morceaux de nous qui partent
Y en avait plein le réservoir au départ

On avance, on avance, on avance
C’est une évidence, on n’a pas assez d’essence
Pour faire la route dans l’autre sens, on avance

On avance, on avance, on avance
Tu vois pas tout ce qu’on dépense, on avance
Faut pas qu’on réfléchisse ni qu’on pense
Il faut qu’on avance.

Finalement c’est Souchon qui a raison.

Enfin peut-être.

Du moins je crois?

mardi 5 avril 2011

Confession


Depuis quelques jours je me crois en France…

Rien à voir avec l’arrivée du printemps : il tarde un peu à venir au Lac Saint-Jean alors qu’il paraît qu’il est précoce et tropical à Paris cette année.

Rien à voir avec le fait qu’on a trouvé une fromagerie plus que bien achalandée et que vraiment, vraiment, j’ai un gros faible pour le lait coagulé égoutté fermenté affiné cru de préférence et que mine de rien les cousins québécois savent y faire.

Rien à voir avec le fait que pour accompagner le fromage on a déniché une baguette très très délicieuse, bien au-dessus des standards actuels français.

Rien à voir non plus avec le divin jus de la treille ou toute autre Appellation Lyrique Incontrôlée.

Je tiens d’ailleurs à préciser que je ne suis pas du tout obsédée par la nourriture ou la boisson, quoique un petit colis humanitaire à base de charcuterie et de fromage de pays serait le bienvenu, à bon entendeur...  

C’est juste qu’est venu le temps du sacrifice annuel à cette vénérable institution française qu’est le criss d’ostie de tabarnak de câlisse de sacrament de fisc. Ne riez pas. Ce que je viens d’écrire est excessivement ordurier et je m'en vais d’ailleurs désinfecter mon clavier sept fois au savon de Marseille pour la peine.

Attention, entendons-nous bien, lorsque j’utilise le terme de sacrifice, je ne parle pas du fait de se faire racketter rançonner dépouiller déposséder dévaliser écorcher égorger contribuer par le règlement d’impôts et de cotisations sociales justes et mesurés au fonctionnement efficace et rayonnant des services indispensables à la vie de notre glorieuse société. Je parle simplement de ma déclaration.

L’avantage d’avoir épousé l’homme idéal est que je peux refiler la corvée à Sherpapa. Il râle un peu pour la forme, mais après tout, c’est écrit dans la loi, chacun contribue au ménage selon ses facultés. Je le nourris contrairement à une rumeur familiale persistante qui veut que depuis huit ans je contrôle strictement ses apports alimentaires alors que j’ai juste dit non aux trois kilos de beurre salé hebdomadaires quoi c’est pas ma faute si je suis Breton fais un bilan lipidique d’abord on verra après, en contrepartie il fait ma paperasse.

Et bien sûr je le supporte, je l’encourage, je le félicite, je le loue et l’encense… tout au long de sa performance comptable. Alors quoi ?

Je concède que j’ai une sainte horreur de faire ma déclaration de revenus non commerciaux et assimilés sous le régime de la déclaration contrôlée. Trop de cases, trop de chiffres qui ne tombent pas juste à la fin, trop de raisons enfin de me sentir très bête alors que j’ai la prétention de croire qu’avec mes vingt-trois ans d’études j’ai un niveau plus que raisonnable en algèbre ainsi qu’un vocabulaire plutôt soutenu qui devraient logiquement me mettre à la portée d’un registre des immobilisations et des acquisitions…

Je reconnais que la simple idée de me pencher sur un imprimé mauve de la direction générale des impôts me file un urticaire carabiné doublé d’une violente tachycardie triplé d’incoercibles nausées quadruplé d’une irrépressible hyperventilation…

J’admets qu’une exploration de mes vies antérieures en hypnose montrerait une longue série d’erreurs administratives qui expliquerait sans aucun doute ce sentiment de persécution vis à vis de toute instance officielle et  permettrait de liquider mes émotions négatives.

J’avoue que cette angoisse irraisonnée trouverait facilement sa solution dans une thérapie cognitivo-comportementale du genre tenir sa comptabilité à jour au lieu de s’affoler le 31 mars 23h54.  C’est d’ailleurs ce que je me dis tous les ans.

Sauf que cette année, du fait de la cessation de mon activité libérale professionnelle en février il faut que j’en fasse deux.

Sherpapa, au secours !

Le jour où je couperai le cordon fiscal d’avec la France, je promets de l’enterrer au pied d’un érable. Et toc.