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samedi 19 mars 2011

Immigration Cours 101

Photo : BMA

Le 101 désigne un cours d’introduction à la théorie et aux méthodes de base, ou encore cours de présentation générale dans les universités américaines.

Au risque de passer pour une mère indigne Rhââââârgh dans un mois la fin du congé maternité enfin j’en peux plus j’ai la très grande joie de vous informer que le temps était venu pour moi de valider mon permis de travail.

Parce qu’en fait, depuis deux mois et demi que je me trouve sur le sol canadien, j’ai le statut, ainsi que ma nichée au grand complet, d’accompagnateur de travailleur temporaire. Ce qui n’est pas du tout synonyme de touriste. Un touriste avec un passeport français peut séjourner six mois. Un travailleur temporaire doit quitter le Canada au plus tard à la date d’expiration de son permis, ainsi que ses accompagnateurs. Pour pouvoir prolonger son séjour, un travailleur temporaire soit renouvelle son permis temporaire, auquel cas il présente sa demande au service d’Immigration Canada, soit redevient visiteur, auquel cas il présente aussi sa demande au service d’Immigration Canada. Tout ça bien sûr tant qu’il n’est pas en possession du précieux sésame de la résidence permanente. Tout le monde suit ?

La bonne nouvelle, c’est qu’une modification de statut ou une prorogation de permis se demande en ligne et s’attend gentiment en surveillant sa boîte aux lettres. En revanche pour un premier permis, il faut entrer au Canada. Et quand on dit entrer, on parle d’une entrée physique, avec tous les accompagnants, pour que tout le monde ait son petit visa bien à jour.

Niveau point d’entrée physique, le choix est mince : la voie maritime qu’on va aussitôt oublier, la voie aérienne, utilisée pour le permis de Sherpapa, voir ici et enfin la voie terrienne, la plus folklorique.

Ceux qui ont la chance de résider à Montréal se font conduire à Saint-Bernard de Lacolle, province de Québec, à peu près à 60 kilomètres de voies rapides, franchissent la frontière pour aller à Champlain, état de New York et la refranchissent aussitôt dans l’autre sens pour valider leur entrée physique sur le territoire canadien.

Pour mon tour du poteau à moi nous prîmes la route samedi dernier, après avoir réservé pour la nuit à Montréal, pas fâchés de retrouver la civilisation métropole pour quelques heures.

Comme de juste, compte-tenu de notre villégiature septentrionale, nous partîmes de très bon matin. À 6h47 8h14 11h32 13h15, la voiture était vérifiée et les sièges autos correctement chargés et fixés. Gaussez-vous ! Avant (je parle des temps lointains et nébuleux où j’étais encore célibataire) j’étais ponctuelle, si, si, ponctuelle et même fière de l’être. Bon d’accord, ça n’a jamais été le cas de Sherpapa. Je glisse d’ailleurs ici un grand merci à son témoin qui l’a amené à l’heure à notre mariage et je jure solennellement sur l’honneur qu’il n’est jamais arrivé en retard en stage ici au Québec. Ça vous en bouche un coin, hein ?

Bref, après avoir ouvert un œil à 6 heures, un deuxième à 7 heures, déjeuné à 8 heures, douché tout le monde à 11 heures, chargé la valise et la poussette à midi, vérifié tous les documents à 12h45, fait le plein d’essence, vérifié les niveaux et la pression des pneus à 13h15, nous voilà partis direction la frontière américaine. Le GPS indiquait très précisément une durée de trajet de 6 heures et 56 minutes…

jeudi 17 mars 2011

Confraternellement vôtre


Nous n’irons pas à Val d’Or. Nous ne découvrirons pas l’Abitibi-Témiscamingue. Je ne ferai pas de visite à domicile dans les réserves indiennes algonquines. Nous ne goûterons pas la tarte aux mouches noires.

J’en vois des qui frémissent d’angoisse anticipée à l’idée de leur grasse matinée de la semaine piétinée par le grand retour de Bébé Hulke et ses entrechats hippopotamesques du dimanche matin 6h12.

J’en vois des qui éteignent religieusement la loupiote de la chapelle votive érigée en faveur de notre retour.

J’en vois des qui hochent la tête d’un air faussement navré genre je le savais bien qu’ils ne resteraient pas ! Québec ou France, même combat, le système de santé est pourri alors pourquoi partir ?

J’en vois des qui secouent la tête genre qu’est-ce que n’importe qui doué d’un peu de bon sens irait faire là-bas de toute manière, comme disait l’autre, c’est pas un pays, c’est l’hiver, en plus y a même pas de boutique Louboutin, de toute façon des Louboutin dans 35 cm de neige c’est du suicide doublé de non-assistance à chaussure protégée.

J’en vois des qui chiffonnent leur ordonnance de tranquillisants genre j’aurai plus besoin de ça pour prendre l’avion pour aller les voir.

J’en vois des qui se tapotent le genou un peu déçus genre ben moi j’y serais bien allé, là-bas, les voir.

J’en vois même des qui se disent genre c’est bien fait, pour qui ils se prenaient ceux-là, qu’ils aillent donc faire un peu les chauffeurs de taxi à Montréal comme les cohortes de médecins étrangers non mais.

Et bien récupérez un rythme cardiaque sinusal régulier, rallumez loupiote, défroissez ordonnance, laissez genou en paix, hochez la tête, ravalez votre dépit, on ne part pas à Val d’Or mais on reste quand même.

Figurez-vous que dans sa grande mansuétude, le Collège des Médecins du Québec a accepté que je prenne la suite de Sherpapa comme stagiaire à Alma. Cela ne s’est pas fait tout seul bien sûr.

Il y a eu d’abord la Bonne Fée de Saint-Tite qui s’est fait rembarrer sauvagement avec un « on délivre pas de permis de couple ! S’y sont pas contents, z’ont qu’à rester chez eux ! » (ça a un petit côté très « qu’ils mangent de la brioche » quand même). Puis c’est la Bonne Fée d’Alma qui s’est proposée spontanément comme maître de stage pour moi, emportant la décision.

Mesdames les Bonnes Fées, je profite donc du moment pour vous exprimer mes remerciements les plus enthousiastes et les plus confraternels.

Le troupeau reste entier. Youpi !

vendredi 11 mars 2011

L'âge de raison


Fille Aînée sait ce qu’elle veut faire plus tard. Est-ce que trapéziste c’est un métier qui gagne plein d’argent ? Heu non. Et fermière ? Non plus. Bon bah je serai trader alors…

Fille Aînée est une grande sœur hors de pair. Sa sœur et son frère ont encore l’intégrité de leurs doigts et de leur scalp. Étonnant, lorsqu’on se rappelle qu’à trois ans elle se faisait une auto-coupe de cheveux digne d’un coiffeur des troupes d’infanterie de marine américaines. À ce propos, Fille Aînée souhaite une (très) grande fratrie, genre dix ou douze. Mais on fera comment ? C'est simple, Papa arrêtera de faire docteur et il fera conducteur de bus à la place.

Fille Aînée pousse l’art de la procrastination à son extrême. Range ta chambre ! Et si je passais plutôt la vadrouille dans toute la maison ? On dirait que je serais Cendrillon. Tu sais quoi? Permets-moi juste d’enregistrer cette conversation avant que tu aies l’idée d’appeler la DPJ (Direction de la Protection de la Jeunesse, équivalent québécois de l’Aide Sociale à l’Enfance française) dans quelques années.

Fille Aînée adore la cuisine. Elle sait bien qu’elle n’a pas le droit de trancher les oignons ni de s’approcher du four et des casseroles sur le feu, même juste pour mettre du sel. Alors elle se venge sur la pâte à crêpes. Tu l’as aimée, dis Maman, ma recette ? Hum, c’est à dire que les gros morceaux de pain de mie et les brins d'aneth dedans c’est conceptuel, mais pas inintéressant. Ce sera toujours moi qui la fera alors ? Heu… bien sûr, on attendra juste la prochaine Chandeleur de dans vingt ans.

Fille Aînée est très forte pour dater une robe de princesse. Renaissance, Louis XV, Guerre Civile Américaine, je lui ai bien transmis les différences entre un corps à baleines et un corset, entre une crinoline et un vertugadin. C’est du côté de la chronologie que ça se gâte. Dis Maman, quand tu es née, on écrivait encore en hiéroglyphes ? Ha ha ! Jaune…

Fille Aînée cultive les idées saugrenues. Dernière en date : panique à la maison avant une promenade qui risque de s’éterniser avec l’Héritier : mais où sont donc passées les lingettes ? Fille Aînée sait. Voyons, au congélateur bien sûr! Comment ça au congélateur ? Ben j’ai pensé que ce serait plus rafraîchissant. On n’a finalement pas testé les lingettes frappées sur l’intimité de l’Héritier…pas sûr qu’il aurait apprécié l’intention à sa juste valeur…

Bref Fille Aînée est une poète. Après tout, elle s’en sort bien, même pour les superstitieux, vu qu’elle est née le jour des attentats de Madrid. Vous ai-je dit que la fête de sa sainte patronne était le 11 septembre ?

Et vous l’aurez compris, aujourd’hui nous vous invitons à fêter avec nous à grand renfort de cupcakes et de glaçage dégoulinant l’âge de raison de Fille Aînée. En espérant qu’elle devienne raisonnable. Mais pas trop vite quand même.

samedi 5 mars 2011

J'ai une crotte sur le coeur

Jaddo a été braquée!

Jaddo est une jeune généraliste remplaçante, confer le blog Juste après dresseuse d’ours dans ma liste de liens. Je ne la connais pas personnellement, mais je l’aime beaucoup. J’ose croire que je lui ressemble un peu. Moi aussi j’ai remplacé, moi aussi je m’enthousiasme pour mon métier et mes patients, en dépit des absurdités et les tracasseries inhérentes à cette drôle de profession. Et si je n’y crois plus parfois, j’y crois quand même encore le plus souvent.

Jaddo a été braquée!

Pour rien, pour quelques euros, pour une carte bleue, pour un Iphone. D’un point de vue physique, on peut dire qu’elle a de la chance, elle n’a pas été violée ni tabassée, elle est encore vivante pour en parler et même un peu en rire. D’un point de vue moral… il n’y a qu’elle qui pourra faire ce travail-là.

Jaddo a été braquée!

Une des médecins que remplaçait Sherpapa, elle, a eu poignet et mâchoire fracturés parce qu’elle a rechigné à donner les clés de sa Mini toute neuve. Comme à tous mes confrères ça aurait pu m’arriver ; j’ai remplacé la plupart du temps dans un cabinet ouvert à tous vents, où les gens entraient par devant, par derrière, voire toquaient à la fenêtre quand je ne répondais pas assez vite. Régulièrement Sherpapa m’appelait pour me dire de bien fermer à clé entre chaque patient mais j’avoue que je n’ai pas toujours fermé, surtout lorsqu’enceinte les allées et venues jusqu’aux portes me paraissaient insurmontables. Est-ce que j’ai eu de la chance? En cinq ans, on a seulement crevé un pneu de ma voiture, très probablement un patient mécontent.

Jaddo a été braquée!

Dire que c’est dégueulasse est une banalité. Ce n’est pas plus dégueulasse quand ça arrive à un médecin de ville plutôt qu’à un urgentiste, un boulanger ou à une guichetière de la Société Générale. Ce n’est pas plus dégueulasse quand ça arrive à une jeune femme « sans défense » plutôt qu’à un vigile haltérophile. C’est peut-être un lieu commun mais c’est dégueulasse, c’est tout.

Et on ne peut rien y faire.

samedi 26 février 2011

Une certaine idée du Canada



Bébé Hulke a trois ans et demi.


Au Québec, Bébé Hulke ne va pas à l'école.


Lorsque je la vois asséner, sourcils froncés et poings sur les hanches, à l’enfant qui veut observer de plus près l’Héritier dans le porte-bébé, un tonitruant « Dégage de là, c’est ma maman ! Et c’est mon frère aussi ! », je suis bien forcée de constater que cela entraine un retentissement certain sur son apprentissage de la vie en collectivité.

Mais je me console bien vite non pas en songeant qu’elle échappe pour quelques mois aux rhinovirus, entérovirus, H1N1, streptocoques, méningocoques, bacilles de Koch, Yersinia et autres prions… Mais bien qu’en plus de compter, de reconnaître les lettres et de chanter de sa plus belle voix, elle allie un certain sens de l’observation à une mémoire étonnante pour son âge.

À trois ans, voyant la scène culte de King Kong, elle s’est exclamée : ah mais je reconnais, je suis déjà montée en haut. Je vous laisse imaginer notre ébahissement : tu te rappelles de New York ? Mais tu avais à peine dix-neuf mois quand on t’y a emmenée… Et la gamine blasée : oui, mais j’aime mieux Mourial !

Que la famille américaine ne se vexe pas : Fille Aînée a préféré New York, et les petits cousins qui y vivent. Quand Bébé Hulke parle de Montréal, elle pense à la Mauricie et aux amis de Saint-Mathieu du Parc qui nous ont hébergés l’été dernier, heureux propriétaires d’un ranch avec chevaux, poules, chats, chiens et chèvres… À deux ans et demi, les biquettes c’est beaucoup plus intéressant que des cousins, c’est bien connu.

D’où la déception à l’arrivée à Alma et ses cinquante centimètres de neige :

_ Quand est-ce qu’on prend l’avion pour aller au Canada ?
_ Mais on y est !
_ Ah non, ça c’est le Portugal !
_ …

Au temps pour le sens de l’observation.

mercredi 16 février 2011

Lettre à un bébé

Mon cher enfant,


Tu es encore bien caché au chaud et nous ne t’attendons pas avant juillet. Mais dans quelques jours ton papa et ta maman en sauront un peu plus sur toi. Et une fois déterminés tes accords de participe passé, commencera pour eux le cruel dilemme de tout parent, à savoir batailler sans relâche pour éliminer les uns après les autres des prénoms exotiques et excentriques,  pour trouver l’extraordinaire exceptionnel assorti à ta frimousse.

Loin de moi la plus infime intention d’intervenir dans leur choix. Je me suis toujours fait une règle de ne pas plier sous le commentaire désobligeant ou l’allitération malsonnante, je soutiens contre vents et marées les parents qui refusent de céder à la mode ou à la pression des ancêtres. Mais rien n’empêche de donner des idées… Et plutôt qu’une liste que tes parents pourraient rayer au fur et à mesure, laisse moi te raconter la  démonstration de gymnastique de ta cousine…


Fille Aînée adore l’école ; ça ne m’étonne pas, j’étais pareille à son âge. J’ajouterai même que je ne rougis pas d’avouer que ce sentiment  a persisté assez longtemps, au moins jusqu’au lycée.  Tiens c’est vrai, maintenant que j’y pense, c’est seulement arrivée en faculté de médecine que j’ai eu envie de me rouler par terre en pleurant jusqu’à la nausée, un peu comme les petits garçons dans la classe de Bébé Hulke à la rentrée.

Ce que Fille Aînée préfère, c’est l’éducation physique. Là, j’avoue, tous les petits enfants élevés en France auraient le droit de s’insurger : comment peut-on aimer le saut de haies et l’endurance sous la pluie, la natation en plein hiver, ou encore les compétitions de fin d’année scolaire ? Toi aussi, sauf réforme majeure de l’Éducation Nationale tu connaîtras le basket, le hand ou encore le volley dans un gymnase au toit en tôle sous la canicule. Ici, c’est plutôt hockey, soccer, ski, patin à glace et cette bonne vieille gymnastique.

A la fin de chaque période de quatre semaines soit huit séances, les parents sont invités à venir admirer le fruit des efforts de leur progéniture. Vendredi, l’Héritier au chaud dans le porte-bébé et Bébé Hulke loin devant (t’ai-je dit que désormais Bébé Hulke roulait courait très vite sur le chemin enneigé et sans râler ?), me voilà partie pour l’école, en direction du gymnase.

Monsieur Bernard, le professeur d’éducation physique, a commencé par présenter brièvement son travail. Sache qu’ici la règle est de vouvoyer les enseignants même quand on n’a que 6 ans et demi, et de les appeler par leur titre suivi de leur prénom, même si c’est une jeune fille sosie de Barbie adolescente. Le paradoxe est que le tutoiement est quasi de rigueur entre adultes qui ne se sont jamais vus et s’emploie aussi pour parler à son docteur.

Tu te doutes que la plus gracieuse, la plus légère, la plus enthousiaste était ta cousine, et chacun connaît mon intransigeante impartialité. Ce qui m’a plutôt interpellée, et qui accessoirement pourra servir à tes parents, ce sont plutôt les enfants eux-mêmes. Je te rassure tout de suite, ils ressemblent tout à fait aux petits enfants de France, à ceci près que la gamme de coloris est nettement moins étendue que dans une école publique valdoisienne. Ils étaient tous très mignons dans leur tenue de sport à savoir chandail, culotte et espadrilles. Ne va surtout pas t’imaginer des basques nains en slip et pull tricoté par mamie, en bon français de Paris, on aurait dit T-shirt, short et baskets.  Mais, c’est là le point qui nous intéresse, ils n’ont pas du tout les mêmes prénoms à la mode. Prêt ?

Jessy-Émile a dirigé l’échauffement. Tout le monde était très attentif, sauf Simon-Jacob et Paul-Sébastien qui se chamaillaient dans un coin. Ensuite, les enfants se sont mis par groupes. Fille Aînée était à l’atelier barre fixe avec Dylane-Albertine et Emy-Gabrielle. Il manquait Louis-Joseph dans leur groupe. À la trampolette, Sarah-Maude a réussi une parfaite roulade en l’air, alors que Zoé-Jade, qui doit être la timide de la classe, a refusé de sauter bien que Laurie-Emma ait tout fait pour l’encourager.

À l’atelier acrosport, Raphaël-Baptiste, Cédric-Luc et Louis-Mathieu ont réussi une pyramide très convenable, tandis qu’à la poutre, Èva-Mariel, Sarah-Florence et Amy-Camélia essayaient de faire la roue sans y parvenir tout à fait. J’allais oublier : Aleksi-Stanislas (il n’y a pas de faute de frappe) et Gabriel-René (tiens, le v'là celui-là) maîtrisent parfaitement le poirier maintenant…

Après toutes ces émotions, les parents ont applaudi pour féliciter les enfants, les enfants ont applaudi pour remercier les parents. Tout le monde est parti se rhabiller car c’était l’heure du dîner. Et j’avoue, je n’ai pu retenir un « on t’attend devant l’entrée, Vinciane-Adeline … »

Non mais !

Et si après ça tes parents t’appellent Raymond-Pikachu, ben faudra pas venir te plaindre…

Continue de bien pousser, je t’embrasse très fort.



Ta tante.



PS : un seul de ces prénoms composés est inventé. Lequel à ton avis ?

vendredi 11 février 2011

Mes enfants, ma bataille


Mes enfants ont un succès fou! Tout ce qui porte jupon aux alentours, voire chemise à carreaux en flanelle épaisse, s'extasie devant eux. Rien que de très normal, après tout, c'est de mes enfants qu'on parle. Ce qui l'est moins, à mon sens en tout cas, ce sont les termes choisis pour manifester l'admiration qu'on a pour eux.

La première fois c’était lors d’une soirée à thème jeux de société organisée par la tutrice de Sherpapa.
Quel beau bébé ! Il ne serait pas si basané qu’on le prendrait pour Gabriel-René…

Ma réaction première fut l’indignation. Comment, Céline Dion avait eu un autre enfant et personne ne m’avait prévenue… Tout en essayant de cacher la honte découlant de mon grave manquement à l’actualité people du Québec, j’ai réfléchi. Était-ce bien de mon Héritier qu’on parlait ? Celui qui est tellement blanc que s’il n’était pas le portrait craché de son papy breton j’aurais porté plainte contre la maternité pour échange de bébé ? J’ai fini par me rassurer en me disant que la confusion était probablement due à un trop grand contraste avec la neige.

La deuxième fois c’était au café branché du centre-ville. Sherpapa avait sa matinée, nous avions abandonné honteusement Fille Aînée à l’école et embarqué les deux autres pour un brunch gourmand. C’est donc entre la coupe de yaourt avec granola et bleuets et le bagel chèvre jambon fumé que  la coalition de mamies qui nous avait repérés dès notre entrée se dérida.
Oh les beaux yeux noirs ! Oh les beaux cheveux noirs !

Ces beaux compliments ne pouvaient s’adresser qu’à Bébé Hulke, le scalp de l’Héritier s’apparentant pour l’instant à un œuf qui vient de subir une greffe capillaire.

Je vous retranscris le dialogue, agrémenté de mamours et de risettes.
_ Vous êtes de quelle nationalité ?
_ Ben… Français ! Vous voulez dire qu’on a déjà pris l’accent d’ici et que ça ne s’entend même plus ?
_ Non, je veux dire, vos vraies origines…
_ …
_ Globalement celtes, madame. Un peu celtibères sur les bords c’est vrai, mais ça reste celte quand même. J’ai même conservé une culotte d’abduction de Bébé Hulke qui peut en témoigner…

La troisième fois c’était au supermarché du coin. Pas de bonjour, pas d’au revoir, pas de merci. Juste :
Oh ! Regarde les belles petites noires ! A ton avis, elles sont de quelle race ?

Notre exotisme trouverait-il son explication dans le fait que parmi les 88856 résidents permanents et travailleurs étrangers en résidence temporaire au Québec, seulement 111 vivent à Alma-Chicoutimi-Jonquière ? Je vous laisse juge.

En tous cas, je profite de ce message pour embrasser mon papa portugais, ma maman portugaise, mon beau-père breton, ma belle-mère bretonne, ma belle-belle-mère pays-de-la-loiredaise maine-et-loiredaise choletaise, mon beau-beau-père pied-noir, mon beau-grand-père guadeloupéen, ma belle-tante américaine, mon bel-oncle américain, ma belle-cousine américaine et son mari américain qu’on prend souvent pour un Portoricain ou un Marocain, mon oncle béarnais, mon oncle que je croyais picard, mais qui en fait ne l'est pas du tout, ma belle-sœur ch’ti, ma belle-sœur bretonne, mon beau-frère tunisien, mon beau-frère à la vague ascendance espagnole, mes cousins lusitano-franco-hispano-germano-canadiano-américano-paspicardo-béarnais et leurs conjoints de tous horizons, sans bien sûr oublier mon oncle montréalais.

Et comme chantait Bourvil

Salade de fruits, jolie, jolie
Tu plais à ta mère, tu plais à ton père
Salade de fruits, jolie, jolie
C’est toi le fruit de nos amours !